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Space Mountain, de Jules Verne à Disney (suite)

Acte IV : En route pour la Lune

La Voie Stellaire constituait la première étape de ce voyage vers la Lune. Située à l’intérieur même de Space Mountain, elle offrait aux visiteurs un avant-goût de plusieurs éléments de l’attraction dont le champ d’astéroïdes que les vaisseaux-fusées devaient traverser ou bien l’étrange machine de la Blue Moon Mining Company qui selon l’imagineer Nigel Bratcher fonctionnait à la manière d’un aspirateur d’astéroïdes, déviant le train de sa trajectoire suite à une confusion de ce dernier avec un astéroïde. L'Electro de Velocitor qui constituait la partie finale de cette aventure lunaire était le dernier élément de l’attraction visible par les visiteurs avant d’embarquer : la légende raconte que cette étrange machine fruit de l’imagination des imagineers de Disney servait à attirer les trains depuis l’espace pour les ramener sur Terre. L’ambiance de La Voie Stellaire était à proprement parler lunaire et romantique. Lunaire puisqu’elle permettait d’isoler progressivement le visiteur de tout contact extérieur en le préparant directement à l’aventure spatiale qu’il allait vivre : le lieu, très sombre, ouvrait uniquement sur l’attraction et ses décors ainsi que sur les cris des apprentis-spationautes (après tout, dans l’espace, personne ne vous entend crier) tandis que des rappels très fréquents avertissaient les visiteurs sur la rudesse du voyage. La musique d’ambiance,  wagnérienne et romantique à souhait, permettait grâce à des incursions de quelques motifs du thème musical principal de l’attraction d’anticiper les émotions du voyage.

   

La file d’attente se concluait par plusieurs salles aux accents définitivement plus victoriens et réalistes puisque recréation de salles du Baltimore Gun Clun, le club à l’origine de la création du canon Columbiad et du projet d‘excursion lunaire dans le roman de Jules Verne. Une première salle bleue arborant la forme d’un planétarium constituait la signature de Tim Delaney sur l’attraction : une étoile arborait en effet les initiales TD ! Puis venait une deuxième salle verte permettant de rendre un hommage direct au génie de Jules Verne et à son célèbre roman : un tableau présentait un dessin technique du canon Columbiad accompagné d’un extrait du roman de Jules Verne « Rien ne saurait donner une idée  de la détonation épouvantable de la Columbiad, ni les éclats de la foudre,  ni le fracas des éruptions! ». Un second tableau représentait la trajectoire du voyage lunaire qui vous attendait, tableau lui aussi accompagné d’une citation de l’œuvre de Jules Verne « La force de résistance des canons et la force explosive de la poudre sont illimitées. Serait-il possible d’envoyer un boulet dans la Lune? ». La touche finale venait de la devise du Baltimore Gun Club inscrit en lettres d’or au-dessus de la porte menant à la salle d’embarcation « Ad Luna In Flamma Gloria ». Vous voilà donc prévenus sur ce qui vous attend au moment même où vous pénétrez dans l’imposante salle d’embarcation victorienne, toute de fer et d’acier, tandis que les nombreux drapeaux et le logo du Baltimore Gun Club finissaient la mise en scène. Puis votre train-fusée aux accents de cuivre et boulons, fruit d’une collaboration entre Disney et Vekoma, le constructeur du ride, entrait en gare. L’aventure allait pouvoir commencer…

Voyageurs de la Terre à la lune, bienvenue à bord. Veuillez baisser votre harnais de sécurité et garder bras et mains a l'intérieur de la navette pendant toute la durée du voyage. La mise à feu est imminente.

Le premier arrêt et point de départ magistral de cette aventure se situait dans l’impressionnant canon Columbiad, merveille d’imaginierie et de technologie, élément théâtral magistral pour un scénario fantastique. Une petite descente et voilà que votre train s’arrêtait en bas du canon, tandis que la trappe s’ouvrait, vous offrant un dernier regard sur la Terre avant votre grand départ. Puis cette dernière se fermait tandis que le train montait de quelques mètres dans le haut du canon, que la musique se faisait de plus en plus pressante. Soudain, en 2 secondes, vous voilà propulsé dans l’espace, lancement matérialisé par le recul du canon, sa fumée et son bruit étourdissant, si étourdissant que Disney fut obligé de le réduire par la suite. Le Canon Columbiad, haut de 22 mètres, constitue alors une innovation technologique majeure pour l’époque puisque premier système de lancement incliné au monde via un système de catapultage semblable à ceux de porte avion. Innovation capricieuse néanmoins puisque quelques semaines avant l’inauguration, le système présenta des signes de disfonctionnement. Il est véritablement le premier élément fort du voyage, justifiant par sa présence toute l’attraction et donnant par la même occasion vie à tous le land grâce à ses mouvements et ses départs toutes les 36 secondes.

 

La suite du voyage était aussi épique que trépidante. Après un passage dans un champ d’astéroïdes, votre train-fusée était soudainement dévié de sa trajectoire suite à l'aspiration du Blue Moon Mining Machine. Effet malheureux pour les pauvres apprentis-spationautes que vous êtes, vous voilà désormais obligés de faire face à un immense astéroïde surnommée  Mother of Meteorites, puis enfin, le but ultime, la Lune, ici représentée sous les traits de celle imaginée par Georges Méliès dans son film de 1902 Le Voyage dans la Lune. Jules Verne, représenté non loin de là, apparaissait comme le clin d’œil ultime des imagineers au célèbre écrivain. Cependant votre voyage échouait puisque vous aviez raté la Lune, et votre retour sur la Terre était irrémédiable. Peut-être auriez-vous plus de chance lors de votre prochain voyage.

 
Le Voyage dans la Lune
(1902)

Lors d'un colloque d'astronomie, le professeur Barbenfouillis crée l'événement en faisant part à l'assemblée de son projet de voyage dans la Lune. Il organise ensuite la visite à ses confrères de l'atelier où l'obus spatial est en chantier. Il sera propulsé en direction de la Lune au moyen d'un canon géant.

Crédits de la vidéo: mittinscat1



Si par malheur, vous étiez trop petit pour participer à ce voyage, un diplôme de passager du Futur signé par J.Barbicane, président du Baltimore Club vous était remis, vous reconnaissant comme futur passager de Space Mountain, de la Terre à la Lune, une fois la taille exigée d’1m40 atteinte pour participer à l'aventure et vous permettant ainsi d’accéder à l'attraction avec 2 adultes sans faire la file d'attente.

Le parti pris par Disney d’utiliser la conquête de la Lune comme base pour son attraction, alors même qu’en 1969 Neil Armstrong marcha sur cette dernière, était risqué. Mais en traitant ce thème sous l’angle de l’imagination et de la fantaisie et non du réalisme scientifique, les imagineers réalisèrent sans doute le plus bel hommage atemporel qui soit à l’esprit d’inventivité des visionnaires du XIXème siècle.  90 millions de dollars qui donnèrent naissance à une attraction aussi fabuleuse que légendaire.

 

Des Chiffres et des Lettres ...

Space Mountain est haut de 38 mètres et fait 61 mètres de diamètre pour une hauteur totale de 43 mètres dont 5 mètres sous le sol.

Le parcours totalise 1 000 mètres sans la gare.

Le canon incliné à 32° et pèsant 15,5 tonnes totalise une longueur totale de 70 mètres. L'accélération y est de 1,3 G en 1,8 secondes sur 50 mètres.

Les 5 trains, longs de 16,5 mètres, peuvent embarquer jusqu'à 24 passagers pour une capacité horraire de 2 400 personnes. Chacun des trains qui peut atteindre la vitesse de 70 Km/h pèse 5 tonnes à vide et possède 6 haut-parleurs par siège.

Des chiffres impressionants pour une attraction unique, n'est-il pas ?


Pour en savoir plus sur la création de la partition musicale de l'attraction, ne manquez pas l'excellente interview de Steve Bramson par notre confrère de Media Magic. Nos lecteurs les moins réfractaires à la langue de Shakespeare trouveront aussi dans la vidéothèque le reportage de la BBC Shoot for the Moon consacré à la conception de la célèbre attraction.

Article rédigé en collaboration avec Spacy et Mouetto.

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