Lorsque le visiteur entre dans Discoveryland pour s’approcher de Space Mountain, ce n’est que progressivement que la montagne s’offre à son regard. Deux éléments participent en effet de la mise en scène de l’attraction dans le land, éléments qui permettent aussi d’anticiper les émotions liées à l’aventure spatiale imaginée par Disney.
Les invitations à la soirée d'inauguration de Space Mountain: De la Terre à la Lune. Crédits: Mouetto.
L’eau forme le premier de ses éléments : les étendues d’eau constituent toujours dans les parcs Disney un élément essentiel du décor, permettant de mettre en valeur des bâtiments ou même de jouer avec les profondeurs. Le Discovery Lagoon installée au pied de Space Mountain, tout en justifiant sa présence par le Nautilus, autre référence directe à l’œuvre de Jules Verne, constitue un élément de dramatisation essentiel de l’attraction tout en isolant son entrée du reste du land. En tant qu’élément des profondeurs sous-marines, l’eau offre également un contraste presque brutal avec Space Mountain et ses hauteurs célestes matérialisées par la décoration astrale du bâtiment et de son canon. Opposition sur le mouvement et l’immobilisme aussi puisque les mouvements et le bruit du canon Columbiad rompent avec la tranquillité du lagon. Une décoration résume à elle seule toutes ces oppositions, celle de la base du canon Columbiad : alors que la déesse romaine Luna y est représentée, évoquant ainsi l’espace, les boulets lancés en direction de la Lune, qui sont une allusion directe aux mêmes projectiles lancés par le Baltimore Gun Club dans le roman de Jules Verne, sont une nouvelle métaphore du mouvement. Alors que le Nautilus semble difficilement sortir de son lagon, Space Mountain est assurément tourné vers l’espace, jusque dans sa forme en cône qui semble vouloir rejoindre le ciel.
Une publicité mythique pour une attraction légendaire. Crédits: vidéo de Mouetto.
Le second élément, plus sonore que visuel cette fois, est la musique. Elle est partout, indissociable de Discoveryland et de son esprit. Son orientation à la fois épique et romantique, symphonique et impressionniste, contribue à donner une touche de nostalgie à cette aventure lunaire. L’ambiance sonore extérieure fait pour sa part appel aux travaux de James Horner via des extraits des bande-originales de Krull et de The Rockeeer tel une introduction musicale à l'attraction. L’accompagnement musical est primordial puisqu’il permet de donner une profondeur émotionnelle et sensorielle au visuel. La musique devient l’élément sonore identifiant l’attraction et véhiculant les émotions, le langage universel des sentiments. La musique symphonique originale de Steve Bramson pour la file d’attente de l’attraction (The Grandeur of Space) et le voyage en lui-même continuent le travail romantique et impressionniste créé dans les bâtiments, rendant ainsi d’une part hommage au compositeur de l’Anneau de Nibelung, Richard Wagner, par son côté épique mais aussi, et de manière plus nette, à Claude Debussy et son magnifique Clair de Lune in Suite Bergamasque. Une musique très lyrique en forme d’hommage à la puissance créatrice de l’innovation, de l’imagination et surtout de l’esprit de découverte qui façonnèrent les espoirs et les rêves de générations d’individus. Tim Delaney se rappelle avoir demandé à Steve Bramson une musique évoquant « l’immensité de l’espace, l’excitation, l’émerveillement, le sens de l’aventure, la vitesse » c’est-à-dire une musique épousant les mouvements et les émotions du visiteur au cours de son aventure. Force est de constater que le pari avait été relevé.
Clair de Lune par Claude Debussy
Love Theme de la BO de Krull (J.Horner)
The Flying Circus de la BO de The Rocketeer (J. Horner)
The Grandeur of Space par Steve Bramson
Musique de l'attraction par Steve Bramson
Une difficulté se posa néanmoins au compositeur lors de son travail sur l’attraction, celle de la synchronisation de la musique avec le parcours de l’attraction, et cette dernière était primordiale pour donner tout son sens à l’aventure. La vitesse des trains une fois lancés dépend de beaucoup de facteur qu’un simple ordinateur ne peut contrôler. La décision fut donc prise de découper le thème de l’attraction en plusieurs segments, chacun devant se déclencher au passage du train-fusée devant un capteur. Un problème vient cependant encore entacher la belle mécanique. La commission française de sécurité estima lors de sa visite que la vitesse des trains dans le canon était trop dangereuse. De ce fait, Disney fut obligé de réduire la vitesse dans cette partie de l’attraction, obligeant le compositeur à des allers-retours multiples entre la France et les Etats-Unis, au dernier moment, pour finalement enregistrer à Los Angeles une dizaine de jours avant l’inauguration ! Le pari du temps a donc été tenu.
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