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WestCot, réinventer EPCOT

Certains projets, bien qu’annulés, nous témoignent encore du génie créatif des imaginieurs car si l’argent peut aujourd’hui empêcher une construction, elle n’empêche pas l’imagination. WestCot est l’un de ces projets pharaoniques, à la hauteur des standards et de la réputation de l’entreprise. Trop pharaonique ? Peu être, le parc ayant été estimé à 3 milliards de dollars.  Annoncé en décembre 1991, le parc sera finalement annulé en 1995.  WestCot, dont la ressemblance avec le nom d’EPCOT n’est pas anodine, se voulait être une nouvelle version du célèbre parc floridien : plus ambitieux, plus poussé, plus grandiose tel était le mot d’ordre afin de satisfaire Eisner qui avait alors dit aux imaginieurs « Etonnez moi ». Les imaginieurs avaient alors proposé nombre de projet afin de rendre le resort Californien plus attrayant dans le but de concurrencer Disney World. On le sait bien, la place en Californie est d’or et pour cette raison WestCot se présentait comme une synthèse des meilleurs éléments d’EPCOT, en évitant les erreurs effectuées là-bas, le tout mis en scène sous d’habiles procédés pour échapper à cette contrainte spatiale. Mais qu’en est il donc de ce projet ? Un parc, des hôtels, un centre de divertissement étaient prévus. 

En face de Disneyland devait se tenir le prodigieux parc WestCot, hommage à l’esprit de découverte et à l’humanité toute entière qui a forgée et modelée ce monde. Le symbole du parc était une élégante balle de golf dorée haute de 91.5 mètres qui devait abriter SpaceStation Earth, une attraction similaire à SpaceShip Earth d’ EPCOT abritée aussi dans une balle de golf blanche haute de 55 mètres. Délicatement posée sur une île au milieu d’un lac, ce symbole était également le lieu de la première zone du parc : Future World. Organisée en trois pavillons axés vers le corps humain, la nature et les horizons infinis, Future World à la sauce californienne se présentait donc comme un best-of, un résumé grandiose des plus belles réussites d’EPCOT. En effet, le visiteur aurait retrouvé des attractions populaires de Floride tel Horizons, Journey Into Imagination, Body Wars, Living with the Land. The Land devait être un pavillon de deux étages vous emmenant de la jungle  aux pôles en passant par le désert, en plus d’un secteur dédié à l’horticulture. Mais la grande nouveauté dans The land devait être l’intégration d’un passage sous-marin similaire à The Living Seas d’EPCOT. De nouvelles attractions devaient aussi voir le jour dont une consacrée à l’infiniment grand, Cosmic Journeys axé sur la découverte de l’univers et des galaxies.  Mais comment faire tenir tout cela sur une île au milieu d’un lac ? Oubliez les vastes pavillons d’EPCOT avec leur architecture moderne, blanche, aux formes géométriques et imaginez un lieu couvert s’étalant sur plusieurs étages. Bienvenu à Venture Port, un eden naturel avec flore extravagante, cascades, brumes où chaque étage serait accessible par des escalators. Les attractions devaient en effet être pour la plupart souterraine, un moyen ingénieux mais très coûteux pour économiser la place. Finalement Future World, en étant abrité tel un centre commercial, se voulait un lieu hors-du-monde réel, un lieu où nous pourrions osez rêver un futur idéal, un hommage aux technologies et à la Terre mère, Terre nourricière. 

Le plan culturel du World Showcase d’EPCOT n’était pas non plus oublié à WestCot mais sous un concept redéfini habilement. Oublié les pavillons clichés des pays à EPCOT. Les imaginieurs avait en effet prévu que World Showcase soit divisé en 4 zones représentant 4 continents : l’Amérique, l’Europe, l’Afrique, l’Asie. Chaque zone devait être un condensé culturel des nations qui ont faite ces continents avec des bribes d’architectures et des références culturelles multiples empruntées à chaque pays. Un « salad bowl » géant axé vers la diversité et le respect tout en économisant de la place.

La seconde version de WestCot.

Le premier pavillon situé en face de Disneyland et à l’entrée du parc était celui dédié aux Amériques. En face de vous se serait présenté un bâtiment avec une verrière évoquant le New-York du début du 20ème  à l’image de l’entrée de Tokyo Disney Sea.  Cela permettait pour les imaginieurs de créer un lien avec la thématique de Main Street USA. Rentré dans le parc, c’est l’Amérique du melting-pot, celle de l’époque des transatlantiques et des immigrants qui vous ouvre ses portes dans une agitation propre aux grandes villes américaines. A gauche ce trouve l’Amérique centrale et du Sud avec des éléments rappelant le Mexique, les Mayas, les Aztèques.  Dans cette partie mexicaine devait se trouver un restaurant animés semblable à notre Blue Lagoon, des manèges pour enfants, darks-ride et attractions couvertes le tout pour rester dans l’illusion du parc. Pour illustrer  les civilisations précolombiennes devait être mis ne place un spectacle mystique consacré aux légendes et aux esprits. Le tout devait toujours être placé sous le signe de la fête. De l’autre côté se trouvait un espace évoquant le Canada avec un spectacle sur les indiens.

 

Il s’en suit une zone dédiée à l’Europe reprenant des éléments architecturaux de France, d’Italie, d’Angleterre, de Grèce, d’Allemagne.  La Tour Eiffel et le Paris du Second Empire auraient ainsi fréquenté la cathédrale Saint-Basile de Moscou alors que près de là l'Acropole avec un amphithéâtre grec étaient prévus. Du côté des attractions nous aurions retrouvé le défunt Visionarium développé pour EuroDisney. Une reproduction des Tivolis Gardens, parc qui a inspiré Walt Disney pour Disneyland, eut été visible avant d’embarquer pour une course poursuite en train au milieu de paysages urbains de France, d’Angleterre ou d’Allemagne : c’est le Trans-European-Express. L’illusion d’être en Europe eut été rendue par des bâtiments à l’échelle un, parfois repliés sur eux-mêmes comme des petits quartiers typiques du vieux continent, sans aucun vaste champ de vision sur l’horizon et les alentours du parc. Le coin évoquant la Russie permettait d’établir le lien avec la zone asiatique (l’Oural étant la frontière entre l’Europe et l’Asie).

  

La grande muraille de Chine et le Temple du Ciel de Pékin sont réunis ici à quelques lieux  d’édifices Japonais et d’une reproduction du Taj Mahal indien abritant boutiques et spectacles. L’attraction à sensation du parc devait se tenir en ses lieux. Il s’agit de Ride The Dragon, un roller-coaster en acier dans la Montagne des dents du Dragon  dont les voitures arboreraient un look semblable aux dralions (dragons-lions) des fêtes chinoises. Au plus haut point de l’attraction où il eut été possible de voir les environs, votre véhicule ce serait vu entouré d’un tissu de soie rouge et or pour préserver l’illusion. Pour les plus petits un carrousel fait d’animaux mythologiques mythiques avait été imaginé. Mais l’Asie du Sud-Est avec le Taj Mahal  aurait présenté la transition idéale avec l’Afrique, cette architecture faisant aussi penser au Moyen-Orient et à Arabian Coast à Tokyo Disney Sea.

Le pavillon Africain devait être marqué par ces imposantes reproductions des pyramides égyptiennes, elles-mêmes devant faire partie d’un complexe hôtelier lors de la phase 2 (encore fallait il que la phase 1 soit finie).  A côté de la se tient la savane et les cases, l’Afrique traditionnelle et rurale. Du côté des attractions on distingue Story Teller Tree, un arbre où des conteurs aurait narré des contes traditionnel comme dans les villages Africains, un ride aquatique du nom de Congobezi Raft Ride (pensez à Grizzly River Run à Disney’s California Adventure) et une autre attraction aquatique plus calme, Zambezee River Cruise. Une exposition permanente sur l’art Africain devait se tenir ici ainsi que l’attraction la plus controversée,  The Three Great Religions of the World, qui aurait présenté les sept jours de la création selon les trois grandes religions (chrétienne, musulmane, juive) grâce à sept grands artistes mondiaux (un par jour).

Toutes ces 4 zones auraient été reliées par une attraction d’une durée de 45 minutes, The River of Time, la plus longue attraction créée par les imaginieurs. Elle devait consister  en une croisière autour du lagon central, à travers les 4 zones de World Showcase et aussi à Future World. De nombreuses scènes avec audio-animatronics auraient agrémenté le parcours : Leonard de Vinci peignant le Joconde où Michel-Ange au travail sur le plafond de la chapelle Sixtine à l’approche de l’Europe, une narration d’histoires en lien avec lez zones abordées, comme un avant goût à chaque zone puisque vous auriez pu vous arrêter à l’arrêt que vous souhaitez pour mieux continuer après.   Ainsi avec les 3 pavillons de Future World et les 4 zones de World Showcase prenait vie les 7 merveilles de WestCot.

Si les dirigeants étaient sûrs du succès du parc, il fallait de quoi pouvoir héberger les foules et les divertir en dehors. De ce fait un complexe hôtelier de 4 000 chambres supplémentaires fut imaginé avec 6 nouveaux hôtels. Un hôtel (The Four Corners of the World) devait être logé dans les bâtiments de chaque section de World Showcase, aux étages pour être précis, en bordure de parc, vous permettant ainsi de passer une nuit dans le continent que vous souhaitez. Un hôtel dans le parc, une première pour Disney ! The Magic Kingdom Hotel devait être thématisé sur Santa Barbara alors que le WestCot Lake Resort devait être thématisé sur un hôtel de Beverly Hills. Le Disneyland Hotel reprenait le thème traditionnel que nous connaissons. Enfin une nouvelle tour devait être construit au Disneyland Hotel (l’original cette fois). Un downtown devait être construit en bordure avec bars, restaurants, théâtres, cafés, boutiques, discothèques ainsi qu’un amphithéâtre extérieur de 5 000 places pour les concerts et événements, nommé Disneyland Arena. Quand au parc il devait être accessible grâce à un système de navette le reliant aux parkings nommée Center Court. Tout était donc prévu, même un show nocturne  . . . sauf la réaction des voisins.

  

Ce projet fut annulé vers 1995, Eisner ayant confié cette délicate mission à Paul Pressler. L'annulation était due à des actions menées par la population résidant au voisinage du Disneyland Resort, de manière assez similaire à celle du parc Disney's America en Virginie. Certains habitants avaient peur que la sphère géante gâche leur vue, d’autre du vacarme ou encore de l’augmentation des flux de circulations. Malgré la proposition de remplacement de la sphère par Tom Gilleon  en 1993 par une immense flèche nichée dans un cristal géant autour d’une version plus light de WestCot, l’opposition resta. Autant dire que lorsque Disney’s California Adventure ouvra ses portes en 2001, l’amertume fut grande au regard de ce somptueux projet. Mais une idée ne meurt jamais, alors pourquoi pas cela chez nous ? Sur les masterplans d’EuroDisney sont visible les Disney MGM Studios pour 1995 et un troisième parc pour 2000 : WestCot. Oui le parc a bien été  prévu lors de la conception du resort en tant que troisième parc. Alors on se dit qu’aujourd’hui nous avons peu de chance de voir ce parc (surtout au vu de son coût exorbitant, impensable au vu de la santé du royaume de Navarre). Bref passons et ne nous torturons pas l’esprit plus longtemps. WestCot aurait pu être le dernier vestige d’un temps où l’on ne regardait pas à la dépense (du moins avant la conception).

 
     
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